Aquitaine Cap Métiers

Bannière

L'édition 2019

2es Journées Vincent Merle

Se former : droits individuels, devoir collectif ?
22 et 23 janvier 2019
au Centre régional Vincent Merle à Pessac (33)

 

Editorial
Comme dans bien d’autres domaines de la vie sociale, les protagonistes politiques, sociaux et économiques de l’action publique ont entrepris, en France, une «longue marche», maintenant multi-décennale, vers l’édification de droits individuels en matière d’«éducation et de formation tout au long de la vie». Malgré l’apparent caractère consensuel de ce domaine – «Qui peut être contre la formation tout au long de la vie ?», écrivait Vincent Merle en 2006 – et le fait que la «loi négociée» y a prévalu, ce cheminement est loin d’être linéaire, tant ont été nombreux les chemins de traverse et les impasses liées notamment à l’ambivalence ou à l’ambiguïté des textes et de leur instrumentation.

Trois droits – dont on ne sait s’il faut, à ce stade, les qualifier de «fondamentaux» – semblent avoir successivement émergé puis avoir été affirmés au cours d’une histoire qui les entrelacent toujours plus, au point de renforcer sans cesse la complexité d’un paysage institutionnel en constante évolution : l’instruction et l’éducation de base ; la formation continue et l’éducation permanente ; la qualification et l’adaptation aux évolutions de l’emploi. Sur fond de chômage de masse persistant, n’ont cessé d’être promues, souvent conjointement et contradictoirement, deux fortes exigences, l’une d’égalité d’accès et l’autre d’efficacité.

Par-delà ces propos introductifs, peut-on faire l’économie d’une réflexion historique sur les articulations plus ou moins satisfaisantes entre ces différents droits qui entremêlent attentes collectives et aspirations individuelles ? En d’autres termes, quelles sont les philosophies de l’action publique qui ont soutenu l’édification de ces droits et inspirent les réformes en cours ? Telles seront les questions qui ouvriront ces deuxièmes Journées Vincent Merle.

Mais bien d’autres seront débattues lors des séances plénières comme des ateliers. En premier lieu, ces droits et les questions qu’ils suscitent s’inscrivent-elles dans une tendance plus globale, repérable dans l’espace européen ? A ce propos, l’Union Européenne joue-t-elle un rôle moteur dans le développement de ces droits ? Dans ce contexte, quelles sont les spécificités et, éventuellement, les singularités hexagonales ? Les dispositifs «à la française» font-ils des émules dans d’autres pays de l’Union ?

Comment doit-on comprendre l’affirmation réitérée d’une individualisation du droit à la formation et à la qualification, tant dans les textes que dans les rhétoriques politiques ? Aboutit-elle à transférer des responsabilités des pouvoirs publics, des partenaires sociaux ou des employeurs vers des individus, désormais en charge de leur employabilité ? Individualisation et personnalisation doivent-elles être confondues ? S’agit-il de droits putatifs ou bien ont-ils vocation à instituer de véritables ayant-droits, mais à quoi du reste ? De facto, qui et comment fait valoir de tels droits ? Quels changements dans la pratique juridique supposent-ils ? Quelles sanctions s’imposent-elles ?

Certaines des réponses aux questions qui précèdent ne se trouvent-elles pas dans l’analyse de l’instrumentation de ces dispositifs législatifs, conventionnels et aussi managériaux ? Quelles formes de gouvernance accompagnent la mise en œuvre de ces droits ? Cette dernière suppose-t-elle un renforcement ou, à l’inverse, un affaiblissement du rôle des relations professionnelles et du paritarisme dans la régulation de la formation, de l’emploi et du travail ? Plus largement, quelle place les corps intermédiaires économiques et sociaux ainsi que les institutions régionales ou territoriales occupent-elles dans l’exercice des droits individuels à l’éducation, à l’orientation, à la formation et à la qualification ainsi que dans l’évolution du système qui régit les relations formations-emplois ? In fine qui finance quoi et revient-il aux personnes de prendre en charge la coordination entre des dispositifs cloisonnés, si ce n’est fragmentés ? Qu’en est-il de «l’accompagnement» des personnes qui tend à enchâsser la formation dans un ensemble de prestations dont on peut se demander si elles ne sont pas parfois tout autant des contraintes que des ressources ?

L’individualisation des droits expose-t-elle les personnes, en particulier les moins dotées en capital scolaire, à des risques accrus d’isolement social ? Plus largement, quelles en sont les conséquences de divers ordres pour les salariés et les demandeurs d’emploi dans leur rapport à la formation, pour les professionnels de l’orientation et de la formation, pour les employeurs et les gestionnaires des ressources humaines ? L’individualisation – la personnalisation – engendre-t-elle de nouvelles formes de non-recours ? Quels en sont les effets sur les politiques de main d’œuvre des entreprises et les trajectoires individuelles ?

C’est à cet ensemble de questionnements que seront consacrées ces deuxièmes journées de réflexion qui se tiendront au Centre régional Vincent Merle de Bordeaux du 22 au 23 janvier 2019.

Pour le Comité scientifique,
Éric Verdier et Thierry Berthet,
Directeurs de recherche CNRS,
LEST (Laboratoire d’économie et de sociologie du travail),
Aix-Marseille Université

 

 

 

 

 

/////////////////////////////////////////////////

/////////////////////////////////////////////////